Tome

Accumulation(s)

Accumulation(s)

de MEULI, Barbara

Résumé

Ce qui saisit d’emblée dans Accumulations, c’est le geste : Barbara Meuli dissocie les deux moteurs du récit graphique - ses bulles, et son dessin - pour les réagencer dans un tout autre dispositif. D’une part, des phylactères sans corps se font la conversation dans l’espace vierge de la page. En face, des planches muettes déploient des motifs organiques, géométriques ou figuratifs. Sous un mode exploratoire, le livre relève pourtant bien de la bande dessinée : le dessin et le lettrage des bulles créent une présence qui nous fait oublier l’absence des corps. Ces dialogues sans protagonistes deviennent des voix. En contrepoint, les dessins, privés de texte, ménagent une respiration, un rythme, une musicalité. D’un souffle, un décor est posé : nous voici dans une pièce de théâtre. Sur scène, elle(s), des voix intérieures, les cantatrices d’un mélodrame contemporain : les symptômes éclatés et bavards d’une condition féminine ballottée. L’autrice dissèque ces psychés à vif, radiographie ces vécus d’un sordide tristement banal : des ex-conjoints violents qui sapent l’estime de soi, les injonctions impossibles à tenir, les assignations, l’envie de tout envoyer valser, ne rien faire, subir, jusqu’au dégoût - de son corps, de son inadaptabilité, de son existence. Plongé en eaux troubles, le livre ausculte, extirpe et exhibe les mécanismes de l’époque : la violence systémique, le patriarcat, la précarité. Et leurs corollaires - apathie, anxiété, auto-destruction. Dans cette chute libre, où tout devient absurde, presque risible, quelque chose finit par céder. Un presque rien, infime, mais suffisant pour qu’elle(s) puissent se recomposer et “devenir autre chose qu’un produit féminin fini au pipi” (sic) Accumulations est une expérience esthétique sauvage : ça chuinte, ça craque, ça s’éteint, ça tressaille, ça déborde de chaque page. Dans sa logique implacable, le livre s’en prend joyeusement à tout, n’épargne rien ni personne : l’amour, la séduction, la morale, la mort elle-même. Jusqu’à son propre médium : ses motifs deviennent des organismes vivants qui infectent la marge, ses voix résonnent depuis le hors-champ et ses glyphes visqueux poissent sous nos doigts; menacent d’infiltrer nos âmes. Au bord de la désintégration, une catharsis brute opère : une jouissance sombre et jubilatoire naît du simple fait de regarder l’abîme et d’en rire, d’en rire très fort, pour ne pas en crever.

EAN
978-2-9404-3250-9
Éditeur
HECATOMBE
À paraître
13 octobre 2026
Pages
192
Prix éditeur
18,00 €

Prix indicatif, identique partout en France (loi Lang).

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